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Têtes Raides - Le bout du toit
    
Année : 1996
Tracklist :
1. St Vincent
2. Les bouquets
3. Le bout...
4. Le théâtre des poissons
5. La chanson du trépassé
6. Viens !
7. Le bout du...
8. Vendu(e) au diable
9. La religieuse
10. L'hermaphrodite
11. Des accords
12. L'amour tombe des nues
13. Le bout du toit
14. Manuela
15. Mille façons
16. Un p'tit air
17. Les marrons
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Rien à faire, les Têtes Raides ont une approche de la musique tout à fait différente de beaucoup d’autres artistes. Evidemment, ça surprend toujours un peu, quand l’oreille n’est pas habituée, mais je suis convaincu que ce « Bout du toit » est l’album idéal pour exercer un peu notre appareil auditif.
Je ne suis certainement pas assez informé de cette vague de groupes français jouant d’un style mêlant les cuivres, l’accordéon, le piano et le violon avec des instruments plus « traditionnels » dans des chansons à texte qui ont pour ainsi dire une structure classique, pour définir le style musical des Têtes Raides. Peut-être même sont-ils les seuls à le faire, j’en sais rien. Une chose est sûre : c’est aussi déroutant qu’agréable, et ça n’est pas parce qu’on est néophyte qu’on ne peut apprécier.
C’est qu’il est pas particulièrement joyeux ce Bout du toit. Il est pas joyeux, et le dit d’une façon particulièrement subtile. Des textes évasifs, quelques mots disparates déposés au hasard, jamais assez explicites pour comprendre tout leur sens dès la première écoute, assez concrets pour faire passer le message général, appuyé par une musique et une interprétation adéquates. L’écriture est vraiment formidable, du moins suis-je personnellement conquis. Pas particulièrement joyeux, exprimant la mort à plusieurs reprises (St Vincent, La chanson du trépassé), passant à un certain pessimisme cynique (Les bouquets), mélancolie (Vendu(e) au diable, Un p’tit air), mais tous ces sentiments et ces émotions sont transmis avec une légèreté troublante et une subtilité qui me remue l’échine à chaque fois que j’entends ces paroles. Remarquez, on ne fait pas qu’exprimer malheur et désespoir sur ce disque, et c’est là que d’autres morceaux juste bien placés viennent changer un peu la donne, sans pour autant passer du coq à l’âne. On y retrouve toujours cet humour teinté d’ironie, on y entend des histoires pleines de morale qui font souvent mouche, réflexions sur les relations homme/femme, le racisme, ou encore notre avenir. C’est subtil, très bien écrit, stylé, aussi riche finalement dans le fond que dans la forme.
Pour appuyer ces paroles, point de rythmes faciles accompagnés riffs gras et secs. De nouveau, à l’instar du chant, des tas de petits dépôts sonores qui forment un ensemble étonnamment cohérent. Bien entendu, il y a néanmoins les mélodies de base, les rythmes à respecter sans quoi le résultat serait inaudible. En fait, l’aspect musical général me donne l’impression d’être minimaliste ; une mélodie sur laquelle on ajoute de temps à autre l’un ou l’autre élément qui donnera du corps. Et pourtant, lorsqu’on attarde son oreille plus sérieusement, on peut se rendre compte de la complexité des compositions, par le nombre d’instruments agissant en chœur, chacun lâchant effectivement l’un ou l’autre petit bout de mélodie quand, semble-il, celui-ci trouve intéressant de se faire entendre. Finalement, ce qui forme réellement le corps des morceaux, est le chant, qu’on peut représenter (soyons fous et powêtes) comme un voyageur intrépide accompagné par ses fidèles instruments.
Malgré les paroles pas toujours joyeuses, la musique en général a plutôt tendance à donner le sourire ou la bougeotte, c’est selon. Et c’est certainement ce qui donne cette impression si particulière qu’on ressent à l’écoute du Bout du toit. De la mélancolie, certainement, teintée d’une envie de rire du triste sort des protagonistes de ces histoires, difficile finalement d’être objectif et précis dans cette description.
Je ferais bien l’impasse sur les seuls morceaux qui déçoivent, mais je me sens obligé. Manuela est empli de bonnes idées et intentions, mêlant au morceau un chant arabe, mais qui, faute de faire mouche, dérange. La sauce ne prend pas. Je reprocherais aussi à Des accords une certaine lourdeur. Il possède beaucoup de choses intéressantes, mais non, la répétition de la phrase « Un accord… », qu’on pourrait considérer comme une jolie figure de style, est trop ennuyeuse à l’écoute.
Malgré ce dernier point, il est impossible d’oublier le reste du contenu de cette galette. J’aime cet album, et je pense qu’il restera longtemps un objet difficile à cerner, surprenant, touchant et charmant. Profondément Marquant.
Gnrf |