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Rodrigo Y Gabriela - Rodrigo Y Gabriela

Année : 2006
Genre : heu...

Tracklist :
1. Tamacun
2. Diablo Rojo
3. Vikingman
4. Satori
5. Ixtapa
6. Stairway To Heaven
7. Orion
8. Juan Loco
9. PPA (Pinche Personal Assistant)

Lors d’un récent voyage en Angleterre (mémorable, s’il faut le préciser), je me suis malgré moi retrouvé dans un de ces merveilleux endroits désignés par la les lettres « HMV », d’où la musique coulerait à flots si mon humble fortune pouvait se le permettre. Toujours est-il qu’après quelques pas dans ce dédale de pochettes qui ferait rêver n’importe quel mélomane accompli ou non, mon regard fut violemment retenu par un présentoir présentant (ahah) cette image d’œil lézardesque de façon répétée. Nom de Dieu, me dis-je, c’est introuvable en Belgique, c’est une édition limitée avec DVD bonus et digipack, et les extraits auxquels j’ai eu droit précédemment m’ont fait bander saliver en masse. Une demi-heure de négociations insistantes plus tard, je sortais du magasin accompagné du précieux objet et de deux de mes amis, dont un qui venait d’être soulagé de quelques livres sterling.

Rodrigo et Gabriela sont donc deux passionnés de guitare, d’origine mexicaine. Durant le début des années ’90, ils dirigeaient un groupe de metal traînant dans Mexico City, influencés par Metallica, Megadeth, Slayer et bien d’autres. Comme bien des artistes, ils rêvaient de vivre de leur musique et eurent bien du mal à concrétiser leurs rêves étoilés. En quelques années de voyages divers autour du monde (Irlande, Angleterre, Danemark...), découvrant qu’en fait, la guitare acoustique, c’est la liberté, ils furent convertis à celle-ci. Un premier album sorti en 2003, Re Foc, puis un concert « Live In Manchester & Dublin » en 2004, une sacrée réputation se construit et le bouche-à-oreille fait son chemin. Arrive donc dans les bacs l’album Rodrigo Y Gabriela, qui ne sera certainement pas le dernier, et qui confirme que les deux compères méritent non seulement leur réputation, mais aussi qu’on parle d’eux.



Alors concrètement, ils jouent quoi ? Oh bah, bien décidés à réfuter les dires selon lesquels ils joueraient du flamenco, ils font un mélange de toutes leurs influences rock/métal, y ajoutent le son doux et chaud de la guitare classique (des leurs en tous cas), et saupoudrent ensuite d’une grande dose de jazz bien pensé. Ca bouge, ça claque, c’est furieusement énergique, et ébouriffant de qualité de jeu et d’intensité. Le jeu justement, est donc basé uniquement sur les deux guitares, seuls instruments que l’on peut entendre tout au long de l’album, hormis dans Ixtapa qui accueille Roby Lakatos, violoniste de renom (si j’en crois ce qui est dit…).
Les percussions sont basées sur des coups - tranche de la main ouverte ou fermée en poing, main à plat, dos du pouce et des doigts…- à différents endroits des caisses des guitares, en fonction de leur rigidité et de la taille de leur région. Un coup sur l’épaule donnant un son plus clair et claquant, tandis qu’un coup sur le fond ou les hanches de la table donne un son plus grave et rond. Ces percussions concernent évidemment beaucoup Gabriela, qui assure la rythmique très nerveuse des morceaux. En gros, sa main droite voyage beaucoup entre les cordes et le bois dans un travail – juste - de vitesse admirable. Arrivée sur les cordes, grande utilisation d’accords plaqués, en aller-retour majeur/pouce, ceux-ci sont autant étouffés que joués.
Rodrigo, lui, s’occupe surtout des mélodies, jouées au médiator, tout le travail du soliste appliqué à la guitare classique, en somme. C’est stylisé, avec parfois l’impression d’une certaine rigueur voire rigidité voulue, dans des notes qui sonnent très net et abrupt pour certain morceau, alors que d’autres s’écoulent sans accroc, à l’aide aussi de hammer on et pull off bien sentis. Néanmoins, c’est surtout la première impression qu’on retient le plus, avec toujours la vitesse d’exécution correspondante au jeu de la demoiselle.

Bien, maintenant que je me suis étalé sur le jeu, que dire ? C’est beau, c’est bon ? Putain ouais. Enfin, ça doit se décortiquer et s’écouter bon nombre de fois avant de vraiment prendre du plaisir durant l’écoute. Au début, on se retrouve envahit, presque assailli par tant de rythme, de punch et de notes. On se reposera un peu après les cinq premiers morceaux en se raccrochant à quelque chose de connu, avec une reprise très libre, mais sublime et très intelligente du Stairway To Heaven de Led Zeppelin, puis sur une autre reprise, de Metallica cette fois, avec Orion. Celle-ci respecte plus l’œuvre lourde et lente –hormis les solos, bon - qu’on connaît, mais quelle œuvre quand même ! Et puis bon, l’adapter sans distorsion, c’est culotté… et réussi. Je pense l’avoir assez dit jusqu’à maintenant, on retiendra surtout un album énergique, motivant, un rien étourdissant, mais en fin de compte, vraiment fascinant.

Un petit mot pour l'édition limitée : le DVD bonus contient une interview retrançant leur parcours, les morceaux Stairway To Heaven, Tamacun et Diablo Rojo joués en concert, ainsi qu'un tutorial de jeu présenté par Rodrigo et Gabriela themselves.
Je ne résiste pas à l'envie de vous présenter une vidéo d'un morceau agrémenté, en plus!, de violons (vive internet, vive YouTube).
Rodrigo Y Gabriela - Capitan Casanova


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